La nouvelle dynamique du CILSS

Quelles sont vos priorités en tant que nouveau Secrétaire exécutif du CILSS ? 

Tout d’abord, je voudrais rappeler que le CILSS fête ses quarante ans, - quarante ans d’expertise et d’expérience technique et scientifique de haut niveau, au service de la lutte contre l’insécurité alimentaire. Mais si ce capital d’expérience est porteur d’espoir, il est aussi nécessaire de mesurer l’ampleur des défis qui se présentent devant nous. Il faut par exemple faire preuve d’innovation dans le domaine de la maîtrise de l’eau ; l’eau est à la base de tout : produire, manger, transformer, vendre, créer de la richesse. Hors, aujourd’hui, seuls 20 % de nos terres irrigables sont effectivement aménagées. Je pense également que le pastoralisme doit être l’une de nos priorités. Il est à la fois un système de production et un mode de vie et les pasteurs et agropasteurs sont particulièrement vulnérables aux crises alimentaires, à l’insécurité nutritionnelle chronique et aux problèmes environnementaux. Eau, pastoralisme, sécurité alimentaire, résilience, environnement, voilà des priorités qui me semblent incontournables. Elles doivent être abordées dans une démarche intégrée et holistique. C’est pourquoi j’accorde une si grande importance à l’Alliance globale pour la résilience (AGIR). 

Où en êtes-vous de la mise en œuvre  de cette Alliance?

Le processus d’AGIR est en train de mâturer. Nous sommes en train de mettre en place une cellule technique basée au sein du Secrétariat exécutif du CILSS à Ouagadougou. Elle appuiera les gouvernements pour décliner la Feuille de route régionale au niveau national. Les États sahéliens et ouest-africains se sont engagés à mener des dialogues inclusifs afin d’identifier leurs « Priorités Résilience Pays  (RPR) » sur la base de leurs politiques et stratégies nationales existantes. Le processus doit être avancé d’ici avril 2014. Il s’agit d’identifier les priorités résilience de chaque pays, leurs projets prioritaires au sein des programmes existants, les budgets nécessaires, etc. La cellule AGIR sera sur le terrain pour débloquer les situations difficiles, apporter des conseils. Je suis confiant car je vois que tout le monde s’engage, y compris la communauté internationale. C’est pourquoi je suis reconnaissant envers l’UE et en particulier envers la Commissaire Kristalina Georgieva qui, aux côtés du Commissaire Andris Piebalgs, a inspiré cette alliance. Nous étions ensemble à Ouagadougou pour le lancement politique il y a à peine un an. Nous avons parcouru beaucoup de chemin. 

Depuis votre arrivée à la tête du CILSS, qu’est-ce qui a changé ?  

Soyons clairs, le CILSS dispose de compétences techniques et scientifiques extraordinaires mais en matière de visibilité, il a perdu un peu de terrain. Nous sommes donc en train de relever ce défi et je suis confiant que nous réussirons. Comme vous avez pu le constater, il y a désormais une nouvelle dynamique ! Je renforce les liens avec les États membres ; j’ai fait appel aux treize secrétaires permanents de chaque pays et nous avons passé ensemble une semaine à Niamey ; nous avons longuement échangé, nous avons eu des sessions de formation ; tout ceci est indispensable. De même, nous avons récemment organisé la Foire aux savoirs à Ouagadougou à laquelle il y avait 200 participants ; c’était un lieu de rencontre extraordinaire et je pense que le CILSS commence à renaître. Ceci se sent également du côté de l’intérêt de la communauté internationale envers l’institution. 

Comment voyez-vous les relations du CILSS avec la CEDEAO et l’UEMOA ?

Les relations institutionnelles entre la CEDEAO, l’UEMOA et le CILSS sont au beau fixe. Nous sommes ici ensemble et travaillons main dans la main : le CILSS agit comme le bras technique de ces institutions. Nous sommes sollicités par la CEDEAO et l’UEMOA pour notre expertise technique. En tant que dépositaire de connaissances, nous sommes également sollicités par d’autres institutions.  Par exemple, l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) s’est récemment rendue à notre siège à Ouagadougou pour s’inspirer de l’expérience du CILSS. Une visite sur le terrain à Niamey leur a permis d’apprendre sur place la technique des couloirs de transhumance développée par Agrhymet. Ce type d’échanges est très fructueux et cela nous fait plaisir de voir que notre réputation dépasse les limites de notre région.

Quels objectifs espérez-vous atteindre pendant votre mandat ?

Dans trois ans, j’aimerais envoyer un petit questionnaire aux pays membres ou bien aller dans l’un ou l’autre  des  pays du CILSS et poser la question « Qu’est-ce qui a changé dans la vie des populations ? ». C’est à l’échelle de la population que l’on doit mesurer l’utilité de ce que l’on fait. Il faut faire du concret. Dans trois ans, je compte bien que des améliorations seront enregistrées en termes de niveau de vie, de systèmes de production, d’irrigation, de résilience, d’environnement, de sécurité alimentaire. J’espère qu’on pourra annoncer que le CILSS y est pour quelque chose.  

 

Propos recueillis le 27 novembre 2013 par Julia Wanjiru 

Interview with: 
Djimé Adoum, Secrétaire exécutif du CILSS
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