Défis énergétiques au Nigeria

Quelle est la situation actuelle en matière d’approvisionnement en électricité au Nigeria et en particulier quel est le nombre de mégawatt-heures d’électricité fournis par rapport au nombre de mégawatt-heures demandés?

La situation du Nigeria est telle que, actuellement, l’électricité fournie ne couvre pas les besoins en électricité du pays. La production moyenne d’électricité est à présent d’environ 3 500 MWh pour une demande moyenne d’électricité estimée par la Commission à plus de 10 000 MWh.

Quelles sont les raisons principales de l’insuffisance de l’approvisionnement en électricité ?

Les financements destinés à augmenter et à améliorer la capacité de production actuelle ont été véritablement insuffisants et les modes de financement n’ont pas été cohérents. Il a été très difficile d’augmenter ou de maintenir la capacité de production existante.

La production insuffisante de gaz provenant des centrales thermiques en raison soit de pénurie soit d’actes de vandalisme sur des gazoducs n’a pas permis la pleine utilisation de la capacité existante. La faible pression du gaz de même que sa mauvaise qualité qui libère des condensats, a parfois impliqué la fermeture de centrales. Le gel des recrutements dans la Fonction publique a généré une insuffisance de personnel qualifié dans ce secteur.

La capacité de production est insuffisante pour mobiliser une réserve tournante minimale qui adoucirait les effets de la perte de production électrique sur le réseau. De même, il n’existe pas de fabricants au niveau local capables de produire les composants de base nécessaires à l’entretien de nos centrales.

Que prévoit le gouvernement pour répondre à ce problème d’approvisionnement en électricité ?

Le gouvernement actuel a annoncé une feuille de route détaillée pour la réforme du secteur de l’énergie qui, si elle est mise en place, répondra au problème de l’approvisionnement en électricité du Nigeria. Si l’on observe le rôle de la Commission dans l’approvisionnement en électricité du pays, on s’aperçoit qu’elle a un rôle fondamental à jouer. La Commission est en effet l’organe du gouvernement qui fédère le secteur de l’énergie et le mandat dont elle a été investie par la loi est d’établir la planification stratégique et de coordonner les politiques nationales du secteur de l’énergie ainsi que les répercussions qu’elles entraînent. Notre rôle est essentiellement de sensibiliser le gouvernement, les divers acteurs impliqués et le secteur privé sur ces questions.

Actuellement, la demande énergétique du pays dépasse la capacité d’approvisionnement en raison du taux d’accroissement de la population. La Commission a déjà développé Le Plan Directeur National de l’Énergie qui comprend des mesures à court, moyen et long terme pour faire face à la crise énergétique et constitue une première étape dans la résolution de cette crise. Par ailleurs, les Prévisions de la Demande Energétique Nationale (National Energy Demand Projections) résultant du Modèle pour l’Analyse de la Demande Énergetique (Analysis of Energy Demand - MAED) développé par la Commission, devraient aider à résoudre cette crise énergétique si les mesures à court terme recommandées sont mises en œuvre.

De nombreuses promesses ont été faites aux Nigérians par le passé concernant la pénurie d’électricité. En quoi les projets actuels seront-ils différents des précédents?

La réforme n’a pas changé. La Loi portant Réforme du Secteur de l’Energie Électrique (Electric Power Sector Reform (EPSR)) a été adoptée le 11 mars 2005. Elle fournit le cadre légal à la réforme du secteur et a abrogé la Loi sur l’Autorité Nationale de l’Energie Électrique (National Electric Power Authority (NEPA) Act) et la Loi sur l’Électricité (Electricity Act). L’objectif était d’améliorer l’approvisionnement en électricité des consommateurs.

Cette loi a permis la création de la Commission de Régulation de l’Electricité du Nigeria (NERC), L’Agence de l’Electrification Rurale (REA) et la Société Nationale Chargée de la Gestion du Passif de la Compagnie d’Électricité (National Electricity Liability Management Company (NELMCO),) qui a été créée spécialement pour reprendre et gérer les actifs et passifs de la défunte NEPA après la privatisation des sociétés fournissant les services dégroupés.

Le gouvernement actuel a développé ce plan pour accélérer les réformes et améliorer à court terme la distribution d’électricité en créant Le Comité d’Action Présidentiel sur l’Électricité (Presidential Action Committee on Power (PACP)). Il s’agit ici d’éviter “les tracasseries administratives’, d’établir une politique cohérente et de permettre aux principaux acteurs du pouvoir de passer outre la bureaucratie dans le processus de décision. Le Groupe de Travail Présidentiel sur l’Électricité (The Presidential Task Force on Power (PTFP)) a également été créé pour superviser l’organisation du programme au jour le jour et pour développer et accélérer la réforme du secteur de l’électricité au Nigeria.

Quelles sont les principales difficultés rencontrées dans le cadre de la mise en œuvre de ces projets?


Les principales difficultés que nous rencontrons sont liées à la lenteur caractérisée de la mise en œuvre des réformes du secteur de l’électricité et au manque de financement.

La privatisation est-elle la seule solution à la pénurie d’électricité?


Oui, car l’État n’est pas en mesure de fournir à lui seul les financements nécessaires.

Comment le gouvernement va-t-il gérer l’opposition au projet de privatisation du secteur, particulièrement de la part des employés de PHCN ?


Le gouvernement entend dialoguer en permanence avec tous les acteurs du secteur et particulièrement avec les employés de PHCN.

Comment le gouvernement va-t-il s’assurer que les entreprises privées agissent dans l’intérêt des citoyens nigérians ?

Le Gouvernement fédéral a créé la Commission de Régulation de l’Électricité du Nigeria (Nigerian Electricity Regulatory Commission (NERC)) en 2005 afin de réguler le secteur de l’énergie en établissant des normes en matière d’exploitation et de qualité de service et ainsi protéger les consommateurs et les intérêts publics et superviser le marché de l’énergie. La NERC peut donner des avertissements, suspendre et révoquer les licences d’exploitation si nécessaire.

Que prévoyez-vous pour éradiquer la corruption et améliorer la transparence dans le secteur de l’électricité ?

L’ECN n’a pas reçu ce mandat. La Commission a été créée avec le mandat législatif d’établir la planification stratégique et de coordonner les politiques nationales du secteur de l’énergie ainsi que les répercussions qu’elles entraînent. Ce mandat, fait de la Commission l’organe du gouvernement qui est chargé d’aménager le secteur de l’énergie et de coordonner les politiques énergétiques. Le gouvernement a cependant créé deux agences anti-corruption qui ont le pouvoir d’intervenir sur les questions de corruption dans tous les secteurs de l’économie nigériane.

Que pensez-vous de l’usage et du développement à venir des sources d’énergie renouvelables telles que l’énergie hydraulique, éolienne ou solaire pour produire de l’électricité au Nigeria ?


La Commission a déjà obtenu de nombreux résultats dans ce domaine. Deux de nos Centres de recherche à Nsukka et Sokoto ont été capables de mener des recherches intensives sur les énergies renouvelables qui ont eu pour résultat la conception et la production d’appareils utilisant des sources d’énergies renouvelables tels que des chauffe-eau solaires, des couveuses à poussin solaires, des séchoirs solaires, des digesteurs de biogaz et des cuisinières à bois et à combustible solide améliorées. Les prototypes sont prêts à être produits en masse si d’éventuels investisseurs sont intéressés.

Parmi les autres projets d’énergies renouvelables soutenus par la Commission et les Centres de recherche figurent des projets d’électrification éolienne, des installations de pompes à eau solaires et des centrales solaires photovoltaïques répartis dans différents endroits du pays.

Cela peut aussi vous intéresser de savoir que le Gouvernement Fédéral du Nigeria, par l’intermédiaire de l’ECN et avec le soutien du PNUD, a développé un Plan Directeur National pour les énergies renouvelables au Nigeria. Ce plan vise à ce que l’énergie solaire contribue à produire respectivement 0 MW, 75 MW, et 500 MW en 2010, 2015 et 2025 et à ce que l’énergie éolienne produise 1.0 MW, 19 MW et 38 MW à court, moyen et long terme comme dans le cas de l’énergie solaire. Les autres sources d’énergies renouvelables sont aussi représentées. En fait, ce plan est très complet et prend en compte toutes les opportunités que le pays peut exploiter en termes d’énergies renouvelables. Le financement reste cependant le plus grand problème auquel nous sommes confrontés pour mettre en œuvre ce plan.

Le Gouvernement fédéral a beaucoup de projets. En tant que Directeur Général de l’ECN, comment allez-vous faire pour que l’approvisionnement en électricité reste la priorité absolue ?


Les projets du gouvernement ne sont pas réalisables sans un secteur de l’énergie viable. En d’autres termes, vous en êtes consciente, c’est l’énergie qui est le moteur de la croissance. Il n’y a pas de développement économique significatif possible sans un secteur énergétique fort et stable. Afin d’assurer un approvisionnement régulier en électricité, la Commission présentera au gouvernement des plans périodiques d’accroissement de la production d’électricité basés sur notre travail de modélisation.

Etes-vous optimiste et pensez-vous que le pays est en passe de répondre aux besoins énergétiques des Nigérians ?


Oui, absolument.

Interview with: 
Prof. Sambo, Directeur de la Commission de l'Énergie du Nigeria
Download